Droit à la déconnexion : comment les entreprises l’appliquent-elles ?

Pour éviter que les outils numériques ne deviennent un fil à la patte des cadres, un droit à la déconnexion a été mis en place en janvier 2017 pour les entreprises de plus de 50 salariés.
Découvrez comment cela se traduit dans la réalité.
Le droit à la déconnexion a fait grand bruit avant et au début de son application. Les entreprises ne savaient pas toujours comment le mettre en place et on donnait l’exemple de certaines qui coupaient leurs serveurs après 20h.
Découvrez la réalité et à quoi vous attendre.

Promouvoir la déconnexion pour plus de productivité
Les salariés de la start-up Little Corner, réseau d’affichage dans les petits coins, ont été prévenu dès leur entretien d’embauche par le fondateur Efraim Clam : « ici, on travaille de manière intense en journée mais en contrepartie, on ne se dérange pas durant sa vie privée ». Donc pas de mail, pas d’appel le soir ou le week-end. Les ordinateurs restent d’ailleurs au bureau et les salariés n’ont pas de téléphone pro. « Faire grandir une start-up c’est comme préparer un marathon. On ne peut pas s’entraîner tout le temps et n’importe comment. Il faut aussi de vraies plages de repos pour récupérer et être efficace en course. Le fait de profiter d’une vraie coupure dope à mon avis la productivité durant les heures de travail », constate-t-il.

Déculpabiliser les salariés de ne pas répondre
« Les accords abordant le droit à la déconnexion rappellent en général que les collaborateurs qui ne répondent pas aux sollicitations numériques en dehors de leur temps de travail, ne peuvent pas être sanctionnés de quelque manière que ce soit », insiste Géraldine Fort, déléguée générale de l’Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises (ORSE). Ainsi dans un groupe de BTP, tous les collaborateurs ont reçu un mail leur demandant d’ajouter la mention suivante à leur signature électronique : « Si vous recevez ce mail pendant votre période de repos, vous n’êtes pas tenu d’y répondre immédiatement« . Chez Nespresso France, l’accord sur la qualité de vie au travail (QVT) va rappeler à ses collaborateurs qu’ils ne peuvent pas être connectés en dehors de leur temps de travail.

De la pédagogie pour inciter les cadres à la déconnexion
Nespresso France a également prévu une charte qui devrait reprendre les bons usages des mails, en précisant dans quelles circonstances recourir à un message ou privilégier les échanges en face-à-face ou par téléphone. « Nous avons décidé de ne pas couper les serveurs informatiques mais au contraire de faire appel à la maturité des salariés. Si pour des raisons personnelles ou organisationnelles, un collaborateur souhaite travailler le soir ou le week-end, on ne l’interdit pas plus qu’on ne l’encourage », illustre Hélène Gemahling, DRH de Nespresso France. L’entreprise pourra éventuellement produire des bilans mensuels de l’activité messagerie (nombre de mails, temps passé à rédiger des mails, etc.) de ses collaborateurs mais ne fixe pas de limite. « Si un salarié a le sentiment de recevoir trop de mails, trop tôt ou trop tard, on l’incitera à en parler à son manager et aux ressources humaines », complète-t-elle. Plutôt que de sanctionner, Nespresso France entend éduquer au droit à la déconnexion.

Respecter la déconnexion des autres
« Si vous êtes connecté, respectez la déconnexion de vos collègues », c’est le message que veulent faire passer les entreprises. Ainsi, l’accord QVT et égalité professionnelle d’un géant du Cac 40 précise une plage horaire entre 20h et 7h, durant laquelle les salariés du groupe sont incités à se déconnecter. À ce titre, l’entreprise a créé une pop-up qui s’affichera à partir de 20h afin de sensibiliser les collaborateurs au respect de ses temps de repos, mais aussi à celui de ses collègues.

C’est pareil chez Nespresso France où l’on le demande de veiller au temps de déconnexion de ses interlocuteurs en optant pour un envoi différé de ses mails, le lendemain en début de matinée.

Ne pas confondre droit à la déconnexion et manque de flexibilité
Pour certains cadres, comme Agnès, cette volonté de connexion est un choix personnel. « Je fais du télétravail. Je peux décider de travailler le matin, de ne pas bosser l’après-midi pour passer du temps avec ma fille. Dans ce cas, je fais le choix de travailler le soir quand elle dort. Le droit à la déconnexion revient donc à poser un cadre où justement la règle serait de ne pas en avoir. Personnellement, je n’ai aucune envie qu’on me déconnecte de tous les outils à partir d’une certaine heure, ça serait contraire à la liberté que je recherche », témoigne cette responsable communication. « Plus les cadres sont autonomes, plus ils ont du mal à déconnecter. Et effectivement, tous ne s’en plaignent pas. Pour certains cadres nomades, pouvoir travailler en horaires décalés est un gain de temps évident. Donc un luxe très apprécié », conclut Géraldine Fort de l’Orse.

 

Sylvie Laidet – Cadremploi