Les secteurs masculins à la recherche de cadres féminins

Encore très masculin, les secteurs du numérique, de la R&D, du BTP et du commerce veulent recruter plus de femmes. Voici leurs prévisions.

« Un boulevard s’offre à elles lorsqu’elles postulent dans le numérique », déclare Michel Tardit, chargé de veille à la direction Veille et Ressources du CIDJ (Centre d’information et de documentation jeunesse). Pour sa sixième édition, l’association française vient de publier son dernier guide des secteurs qui recrutent. Elle constate que seuls 17 % des métiers sont mixtes** selon le Conseil économique social et environnemental (Cese). Pourtant elle est un gage de performance. En 2016, le cabinet d’études Global Contact a publié une enquête Gender Scan qui révèle que 75 % des équipes mixtes sont jugées super performantes par leur manager, en particulier dans les entreprises des STI, Sciences, technologies et innovation.C’est pourquoi les secteurs plutôt masculins tels que l’informatique, le numérique, le commerce, la vente, la recherche et développement, la construction et le BTP, comptent recruter plus de femmes cadres. Et ils ont raison, quand on sait que les femmes seraient généralement plus diplômées que les hommes, selon une étude de l’Insee publiée en mars 2017.

Commerce et vente : les femmes diplômées sont davantage recrutées
Dans le secteur du commerce et de la vente, la part des femmes devrait augmenter dans les prochaines années. Le pourcentage de femmes cadres et technico-commerciales passerait de 30 % en 2012 à 38 % d’ici 2022. Et ce sont les plus diplômées qui sont les plus recherchées. Le secteur majoritairement masculin recrute plus de femmes (58 %) que d’hommes (42 %) issues des grandes écoles de management, selon le CGE (Conférence des grandes écoles). Un constat qui devrait les encourager à postuler sachant que 250 000 postes de cadres commerciaux sont à pourvoir dont 80 000 créations sur la période 2012-2022.

BTP et construction : les femmes occupent surtout les postes cadres
Dans le secteur du BTP et de la construction, on note une progression du nombre de femmes recrutées. + 4 % entre 2007 et 2015, sachant qu’en moyenne elles occupent 12 % des effectifs du secteur, et 32 % des postes cadres : ingénieurs, chefs de chantiers, architectes. Et ce chiffre va augmenter, car selon le plan mixité de la Capeb (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment), le secteur devrait avoir un tiers de ses métiers mixtes d’ici 2025 contre 11 % aujourd’hui.

R&D : les femmes sont plus présentes dans l’industrie pharmaceutique
Les femmes s’imposent de plus en plus dans le secteur de la recherche et du développement. Elles sont majoritaires dans l’industrie pharmaceutique, 57 % des effectifs sont des femmes, et leur part en R&D s’élève à 64 %. Alors qu’en industries chimiques, elles représentent 38 % des effectifs. Et les postes ne manquent pas en général dans le secteur. 156 000 sont à pourvoir pour les personnels d’études et de recherche selon France Stratégie et la Dares sur la période 2012-2022 dans leur étude Les métiers en 2022. Néanmoins la part des femmes augmenterait seulement de 3 %, selon les prévisions du Cese entre 2012 et 2022.

Informatique et numérique : les femmes vont rester très minoritaire
Le secteur de l’informatique et du numérique risque en revanche de ne pas changer en termes de postes occupés par des femmes. Leur part occupant les métiers d’ingénieur en informatique pourrait passer de 20 à 21 % d’ici 2022 et concernant les postes de technicien informatique il baisserait, 12 % en 2012 contre 9 % en 2022. La tendance n’est donc pas bonne pour la féminisation des métiers de l’informatique et du numérique. D’autant plus qu’elles risquent de ne pas pouvoir profiter du recrutement de 190 000 personnes prévu entre 2012 et 2022 dont ¾ sont des ingénieurs et ¼ des techniciens, selon France Stratégie et la Dares.

 

Cadremploi – Farah Sadallah