Le présentéisme n’est pas synonyme d’efficacité: le manager doit donner l’exemple

La culture du présentéisme n’est pas que culturelle, elle dépend aussi de l’attitude des managers. Zoom sur les comportements de managers qui encouragent le présentéisme et les pistes pour en sortir.

« En France, faire des heures de présence est perçu, à tort, comme un marqueur de son engagement et de loyauté vis-à-vis de l’entreprise », constate Matthieu Poirot, fondateur et dirigeant de Midori Consulting. Parfois inconsciemment, les managers sont les premiers à encourager ce présentéisme. C’est le cas….

Si vous faites des journées à rallonge
L’exemple doit venir d’en haut. Donc, si vous-même quittez le bureau le soir vers 21 heures, ou plus tard, vous encouragez votre équipe à faire pareil. Pour eux, partir avant vous, serait déloyal.
Comment changer ? En montrant l’exemple. « J’avais un boss québécois qui en arrivant dans l’entreprise nous a dit qu’il allait faire un effort. Au lieu de partir à 17 heures le soir, il resterait jusqu’à 18 heures mais que, passée cette heure, plus personne ne devait rester au bureau », se souvient Matthieu Poirot. Et tout le monde lui a emboité le pas.

Si vous envoyez des mails tard le soir
Le cas typique, à 19 heures, vous cherchez un collaborateur déjà parti. Votre réflexe, un mail du genre « je suis passé à ton bureau mais je ne t’ai pas trouvé, donc je me permets un mail pour te signaler… ». « C’est une manière de rappeler les normes de présence implicites de l’entreprise », observe Denis Monneuse, sociologue et chercheur à l’IE Business School de Madrid.
Comment changer ? Vous interdire d’envoyer ce genre de mail tard le soir. Au mieux, vous rédigez un mail soft sans référence à l’absence du collaborateur, et vous en différez l’envoi au lendemain matin. Le sujet peut sans doute largement attendre.

Si vous n’êtes disponible pour vos équipes qu’en soirée
Happé par votre boulot et l’enchaînement des réunions, vous n’êtes vraiment joignable que tard le soir, une fois la frénésie de la journée passée. Vous calez donc des entretiens tard le soir avec vos équipes. Ou pire, ces dernières doivent attendre patiemment votre retour si elles veulent vous croiser et échanger sur les dossiers en cours.
Comment changer ? Planifier les entretiens en journée, après tout, vous êtes manager, recevoir vos équipes fait partie intégrante de votre job. Et refuser toute réunion débutant au delà de 17 heures.

Si vous fliquez votre équipe
Un grand classique, à 19 heures, vous passez en revue vos troupes pour voir qui a déjà levé le camp et vous demandez aux présents où sont les absents. Les collaborateurs encore à leur poste comprennent qu’ils ont bien fait de rester et ils ne manqueront pas de rappeler aux absents que le boss les cherchait. Un membre de votre staff part à 17h30. Vous ne pouvez vous empêcher de lui demander s’il prend son après-midi. Ou, vous regardez ostensiblement votre montre ? Là encore vous encouragez le présentéisme.
Comment changer ? Remettre en cause une bonne fois pour toute le lien entre temps de travail et performance. « Pour les tâches intellectuelles, un temps de travail trop important empêche de prendre le recul nécessaire, bride la créativité, engendre erreur, étourderie…. Ce n’est pas pour rien si on dit souvent que les meilleures idées viennent sous la douche, en courant, etc », argumente Denis Monneuse, auteur de Le silence des cadres. Enquête sur un malaise (Vuibert 2014).

Si vous liez l’évaluation de vos collaborateurs à leur temps de présence
« Il n’est pas rare de constater que les gens qui restent tard le soir sont évalués plus positivement par leur manager alors qu’ils sont peut-être moins efficaces et prennent plus de pauses dans la journée », constate Denis Monneuse.
Comment changer ? Chercher à objectiver au maximum la performance de vos collaborateurs.

Si vous définissez mal les objectifs de votre équipe
« Des objectifs trop élevés ou mal définis encouragent les gens à dépasser le volume horaire d’une journée de travail normal, notamment s’ils sont au forfait jours », constate Thierry Rousseau, chargé de mission au département Études Capitalisation Prospective de l’Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail (ANACT).
Comment changer ? « En respectant l’obligation de suivi de la charge de travail dans le cadre d’un forfait jours. C’est un bon moyen légal de limiter le présentéisme », conclut-il.

 

Sylvie Laidet – Cadremploi