Semaine de 4 jours, journée de 6 heures… Plus efficace que les 35 heures ?

Travailler trop est mauvais pour la santé. Du moins quand on travaille au-delà de 25 à 30 heures par semaine et qu’on a 40 ans ou plus. Alors, quelles sont les alternatives ? Un début de réponse est à trouver à l’étranger.

Travailler efficacement revient-il à travailler beaucoup ? Non, ce n’est pas le sujet du dernier bac de philo, mais la question posée par une récente étude publiée par trois chercheurs australiens de l’université de Melbourne. Selon eux, bûcher entre 25 et 30 heures par semaine serait le rythme idéal pour qu’une personne de 40 ans travaille de façon optimale. En revanche, dépasser cette durée réduirait ses capacités intellectuelles et sa mémoire. De quoi remettre en cause les bonnes vieilles 35 heures françaises que certains veulent augmenter. Et pourtant, des pays appliquent ou testent déjà des rythmes de travail bien plus léger et tout aussi efficace, pour le plus grand bonheur des salariés. Tour du monde en quatre escales.

En Suède : des tests concluants mais un pays prudent
En Suède, les expérimentations de la semaine de 30 heures se multiplient. À Kiruna, dans le Nord du pays, les aides-soignants de la commune ont travaillé pendant seize ans, six heures par jour de 1989 à 2005. Aujourd’hui, c’est au sein de la maison de retraite de Göteborg, au Sud-Ouest du pays, que l’expérience se réitère. 68 aides-soignantes sont passées en mars 2016 de 40 à 30 heures par semaine, en gardant le même salaire. Et les résultats sont au rendez-vous, puisque selon la direction de l’établissement, les arrêts maladies ont baissé, le personnel est moins stressé, moins fatigué et les embauches ont repris pour compenser la baisse du temps de travail. Le concessionnaire Toyota de la banlieue de Göteborg a lui aussi été séduit par ce type d’expérimentation, il l’applique avec succès depuis 2002. Pourtant, les tests restent anecdotiques, puisque au niveau national, la durée légale de travail demeure fixée à 40 heures.

Aux Pays-Bas : les rois du temps partiel
La semaine de 30 heures, c’est la règle d’usage depuis longtemps chez les Hollandais, même si la loi prévoit une durée légale du travail fixée à 60 heures maximum par semaine. Là-bas, un peu plus de la moitié des employés sont à temps partiel, dont 80 % de femmes. Dans la limite des 10 heures maximum de travail par jour, les salariés ont quartier libre dans l’organisation de leur emploi du temps. Outre leurs loisirs et le volontariat, les Hollandais, lorsqu’ils ne travaillent pas, gagnent en compétences en suivant des formations. C’est pourquoi les inscriptions aux cours du soir explosent et avec elles l’auto-entreprenariat et le travail indépendant. Mais il semble que tout ne soit pas rose au pays des tulipes, puisque que le gouvernement  a récemment lancé une campagne visant à régulariser les postes précaires à temps partiel en facilitant leur conversion en CDI.

Au Japon : la culture du labeur bousculée par Uniqlo
La culture nippone est loin d’être adepte du tournage de pouce. L’État japonais a d’ailleurs récemment exprimé son souhait d’imposer cinq jours de congés à l’ensemble de ses citoyens, reconnus coupables de ne profiter que des 15 jours fériés dans l’année ou de ne pas prendre de vacances du tout, au risque de surmenages fréquents. Dans ce contexte, la marque de prêt-à-porter Uniqlo passerait presque pour un ovni. Elle va tester à partir d’octobre 2016, la semaine de quatre jours pour ses employés. La raison dépend moins d’un souci de bien-être des salariés que d’une stratégie RH qui cherche à retenir à tout prix le personnel face au manque criant de main d’œuvre dans le secteur du commerce. Les employés vont donc voir leur journée de travail passer de 8 heures actuellement, à 10 heures de travail. Une semaine compressée à salaire équivalent mais avec un jour de congés en plus. Reste à savoir si tant de temps libre ne va pas donner le vertige à ces bourreaux de travail.

Au Mexique : Carlos Slim et la semaine de 3 jours
Toujours plus fort, l’entrepreneur des télécoms et, au passage, quatrième fortune mondiale au classement annuel du magazine Forbes, milite de son côté pour la semaine de trois jours. Son analyse : la croissance démographique va forcer les entreprises à raccourcir les semaines de travail tout en allongeant les carrières professionnelles. Ainsi, nous travaillerions tous moins, mais jusqu’à 70 ou 75 ans : « Avec trois jours de travail par semaine, nous aurions davantage de temps pour nous détendre, et avoir une meilleure qualité de vie. Cela serait également une excellente façon de créer de nouvelles activités de divertissements et de loisirs », a-t-il expliqué en 2014 lors d’une conférence au Paraguay. Mais entre les paroles et actes, il y a toujours un fossé. Le magnat des télécoms à bel et bien réduit le temps de travail chez Telmex, l’une de ses nombreuses société. Mais au lieu de trois, ce sont quatre jours à salaire égal qui sont proposés à certains salariés ayant commencé très jeunes et ne souhaitant pas prendre de retraite anticipée à 50 ans.

 

Quentin Velluet – Cadremploi