Le risque singulier d’être bon au travail

Les personnes qui s’impliquent fortement dans tout ce qu’elles font finissent par être submergées par les exigences qui leur sont imposées.

Les scientifiques confirment ce que les employés les plus performants savent depuis des années : il n’est pas si facile d’être très compétent.

Une nouvelle étude réalisée par la Fuqua School of Business de Duke suggère que les personnes qui arrivent à tout contrôler (celles qui se rappellent les dates d’anniversaires, qui optent pour une salade plutôt que pour des frites, qui acceptent un projet de plus au travail et qui résolvent facilement les conflits) pourraient en fait payer le prix de leurs mérites.

« Les gens évoquent sans cesse l’importance d’avoir une parfaite maîtrise de soi, » déclare la chercheuse Christy Zhou Koval, doctorante et auteur de l’étude publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology du mois dernier. Pour elle, « Les personnes très impliquées obtiennent ce qu’elles veulent. Elles sont douées pour poursuivre leurs objectifs et établissent de très bonnes relations avec leurs partenaires. »

Elles ont aussi une meilleure situation financière que leurs pairs moins disciplinés. De plus, elles ont tendance à être en meilleure santé et ont en général des relations personnelles de meilleure qualité.

Mais tout ceci a un coût : selon les chercheurs, les personnes qui font preuve d’une grande implication finissent par être accablées par leur propre niveau de compétence.

Tout le monde attend plus d’elles (que ce soit justifié ou non). Dans le cadre d’une étude, Koval et ses collègues ont demandé à des étudiants d’évaluer la réussite scolaire d’un sujet fictif en fonction de la fréquence d’écoute d’un nouveau morceau sur iTunes et de sa capacité à épargner pour un nouvel appartement. Le résultat est sans appel: les gens attendent beaucoup de quelqu’un qui épargne et qui n’écoute pas de la musique en boucle.

Il faut reconnaître que cette tendance n’est pas irrationnelle. Les chercheurs montrent que la maîtrise de soi est un indicateur de la performance. Et ce n’est pas totalement négatif : c’est agréable de sentir de la confiance. Mais en attendant toujours plus de ces personnes, on les pousse à bout affirme Koval.

Ceci s’explique par le fait que même si les chercheurs ont montré que nous avons tendance à donner plus de travail aux personnes qui démontrent une grande implication, (ce qui, encore une fois, se comprend) ce n’est pas forcément facile pour elles de faire tout ce travail. Même si à première vue, celà en a l’air. Le travail requiert autant d’efforts pour ces personnes que pour n’importe quelles autres explique Koval. Elles sont juste meilleures à fournir ces efforts. « Elles persévèrent plus longtemps. Elles adoptent de meilleures stratégies. » Mais même si la science vous donne raison, ce n’est probablement pas le cas de votre employeur. Les gens ont tendance à sous-estimer les efforts des personnes les plus impliquées.

Toutes ces conclusions mènent à un problème : les personnes qui se contrôlent se sentent plus accablées par leurs relations professionnelles que leurs pairs moins disciplinés. Selon les chercheurs, elles font plus de sacrifices pour leurs collègues même si cela doit aller à l’encontre de leurs propres objectifs. Et cette dynamique se retrouve dans le domaine sentimental. Etre fiable, c’est fatigant.

Ce qui ne signifie pas que les fonceurs doivent arrêter de foncer. Les avantages de se maîtriser dépassent de loin les inconvénients.

Mais les managers (les collègues et les conjoints) devraient prendre note : si vous considérez ces personnes comme acquises, vous risquez de les perdre. Se reposer sur un fonceur, travailleur qui fait preuve de self control peut paraître une bonne stratégie à court-terme (il fait le travail). Mais à long-terme, « il pourrait se rebeller contre ce fardeau qu’on a placé sur ses épaules », déclare Koval.

De la même manière, il est essentiel de reconnaître leurs efforts (qui sont probablement sous-estimés). Les personnes les plus impliquées ont besoin d’avoir « un retour pour les efforts qu’elles ont fourni », soutient-elle.

 

Article de Rachel Sugar. Traduction par Manon Franconville, JDN.