Pénurie de candidats: et si c’était la faute des managers?

Et si la période d’essai était le vrai baromètre de la pénibilité d’un métier ?
On serait drôlement enclin à le penser en lisant la récente note de la Dares. La direction de l’animation, de la recherche et des études du ministère du Travail s’est penchée sur le recul des recrutements en CDI en 2014. Elle nous joue un air connu : la durée indéterminée recule comme jamais depuis 2009 (en baisse, les CDI ne représentent plus que 9,8 % des embauches). Mais cette note recèle aussi un autre message, un avertissement pour quelques secteurs plutôt geignards qui sont généralement en pole position dans cette curieuse discipline qui consiste à hurler à la pénurie de candidats.

Car les statisticiens de la rue de Grenelle se sont aperçus que pendant la période 2011-2012, 36 % des CDI signés ont été rompus au cours de la première année. Dans le secteur de la construction, cette pratique a doublé en cinq ans. En y regardant de plus près encore, ils ont constaté que ce taux de rupture atteignait carrément 58,6 % dans l’hébergement et la restauration. Et dans la plupart des cas, ces contrats se sont interrompus par des démissions, donc à l’initiative des fraîchement embauchés.

Alors, on peut, bien entendu, solder le problème au comptoir du café du commerce, en s’exclamant « que les jeunes sont des fainéants qui ne veulent pas travailler plus de 35h ».
Sachant que dans ces secteurs, les heures sont longues. On peut aussi se lamenter sur les temps qui changent et qu’avant, au moins on avait, chevillées au corps, de saines notions de labeur. On peut, également, mettre à jour son logiciel de management. Et se dire que si ces secteurs peinent à recruter, et surtout à conserver leurs effectifs, c’est avant tout parce que ceux qui les encadrent en sont restés au temps de leur propre jeunesse.

Tenter de diriger une brigade de restaurant à la baguette n’a peut-être plus cours, sous peine de double peine : l’accumulation d’un boulot pénible et d’un encadrement qui l’est tout autant.
Le chef étoilé Thierry Marx l’a compris. La zenitude appliquée au monde de l’entreprise lui réussit. Évidemment, tous les patrons de PME du bâtiment, ou de la restauration n’ont pas son talent, ni sa sagesse.
Mais on ne leur demande pas de faire du béton ou de la cuisine moléculaire. Juste d’insuffler un peu d’air dans leurs parfois curieuses manières de cheffaillon d’un autre siècle.

Sylvie Di Pasquale – Cadremploi